
Karmadine Hima, Doctorant UAM / IRD

A. Oumarou et G. Dobigny pendant une séance de
sensibilisation dans un village du Niger

Madougou Garba pendant une séance de piégeage dans les
quartiers de Niamey (Corniche Yantala )
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Présentation
Généralités
des programmes « rongeurs » au Niger
Dune
façon générale, nous nous intéressons aux
patrons de diversité (systématique, distribution, écologie) et aux processus de
diversification (phylogéographie, génétique, génomique) des rongeurs africains. En
effet, ces derniers constituent des organismes nuisibles à plus dun titre.
Dune
part, ils contribuent à affaiblir la sécurité alimentaire en provoquant des dégâts
parfois considérables sur les denrées notamment céréalières et maraîchères (ravages
sur les semis, les pousses et les stocks). Dans certaines régions du Sahel, ces dégâts
sont tels que les récoltes peuvent être totalement improductives (ex. Maïnésoroa en
2000), mettant à très rude épreuve les populations locales qui en dépendent. Au Niger,
les principaux ravageurs des cultures céréalières (mil et sorgho) et darachide
sont les gerbilles, notamment Gerbillus nigeriae.
Cette dernière espèce possède des densités de population qui varient de façon
cyclique. Mieux connaître la biologie générale
de G. nigeriae, notamment sa capacité
dadaptation aux changements climatiques, ses caractéristiques reproductives ainsi
que la dynamique de ses populations constitue la première étape indispensable à une
meilleure compréhension de ses cycles dabondance, étape qui doit guider la mise en
place de politiques de lutte adéquates.
Dautre
part, les rongeurs sont impliqués dans la circulation et la transmission directe ou par
lintermédiaire de vecteurs de nombreux pathogènes humains. Ces derniers sont
dorigines variées (virus, bactéries, protozoaires, helminthes). Malgré
limportance et la gravité de la plupart des pathologies humaines quils
engendrent (fièvres hémorragiques, leptospirose, typhus, leishmanioses, toxoplasmose,
trypanosomiases, etc), ces agents infectieux et leurs hôtes sont très mal documentés,
notamment en Afrique de lOuest, pour deux raisons majeures : un nombre
détudes extrêmement faible, voire nul pour beaucoup dentre eux, dune
part, et une origine exotique parfois récente (invasion du rat noir provenant dAsie
et/ou dEurope) qui na pas encore fait lobjet de recherches, dautre
part. Dans ce cadre, nous nous intéressons aux
conséquences épidémiologiques de linvasion du rat noir en Afrique de louest
soudano-sahélienne, avec pour autre objectif associé létablissement de la
première liste clairement annotée des pathogènes humains et des hôtes rongeurs
(invasifs et natifs) qui les véhiculent.
Diversité des rongeurs ouest-africains
La systématique des rongeurs est rendue difficile par la coexistence, parfois en
sympatrie, despèces apparentées quoique distinctes, mais qui sont indiscernables
morphologiquement : ce sont des espèces dites jumelles ou cryptiques. Dans le cadre
de nos programmes visant spécifiquement les ravageurs de culture et les réservoirs de
pathogènes humains (cf. plus bas), nous sommes amenés à collecter de nombreux animaux sur le terrain, tant
en « brousse » que dans les champs, les villages et les villes. Ce faisant,
nous avons été amenés à mettre au point plusieurs outils génétiques (séquençage de
gène, PCR espèce-spécifique) et cytogénétiques (étude du caryotype) qui nous
permettent désormais didentifier toutes les espèces connues en Afrique de
lOuest de façon non ambiguë. Cette expertise
nous permet également, au fil de nos campagnes déchantillonnage, de compléter nos
connaissances sur lensemble des espèces de rongeurs ouest-africains tant pour des
aspects de taxonomie et de diversité que de distribution éco-géographique.
Evolution
et Biologie Evolutive de Gerbillus nigeriae,
ravageur des cultures céréalières
Les
premiers travaux portant sur la dynamique des gerbilles au Niger ont été réalisés à
Kollo par Adamou Nomao (thèse IRD-AGRHYMET, 2002). Depuis, nous avons pu montrer que
cette espèce présentait un polymorphisme
chromosomique par fusions centriques (i.e. deux chromosomes acrocentriques fusionnent
pour former un unique chromosome métacentrique) faisant varier son nombre diploïde de
2n=74 à 2n=60. Ces variations ne sont pas réparties de façon aléatoire dans
lespace : les populations du Niger occidental (incluant Kollo) se
caractérisent par des valeurs de 2n=70-74, tandis que celles situées à lest du
pays possèdent un caryotype à 2n=60-64 chromosomes. Des valeurs similaires ou
intermédiaires sont observées ailleurs en Afrique de lOuest (2n=66-71 au
Sénégal ; 2n=73-74 au Tchad ; 2n=69-71 au Burkina-Faso ; 2n=60-72 en
Mauritanie ; 2n=68-74 au Mali), mais montrent presque systématiquement que les
populations se caractérisent rarement par des variations supérieures à 4. Ces patrons
suggèrent que certaines contraintes évolutives (ex. contre-sélection méiotique des
hétérozygotes multiples ; adaptation locale) pourraient exister et ainsi guider la
distribution géographique de ce polymorphisme. Enfin, de telles différences de caryotype
ont été associées, chez la souris européenne, à des différences éco-physiologiques
qui pourraient conférer des avantages sélectifs aux différents variants.
Dans
ce cadre, nous avons entrepris la caractérisation plus fine de la distribution du
polymorphisme chromosomique chez G. nigeriae en
Afrique de lOuest (cytogénétique et phylogéographie moléculaire), ainsi que
létude des mécanismes génétiques facilitant une telle plasticité
(cytogénomique). De plus, afin de tester ses conséquences sur la capacité
dadaptation de lespèce, nous menons des études de biologie de la reproduction (suivis de croisements
en élevage ; étude méiotique) ainsi que de dynamique
des populations (3 suivis annuels de Capture-Marquage-Recapture). Ces derniers travaux
se focalisent sur une population test située à Gangara (région de Tanout) dont les
individus possèdent des caryotypes 2n=60-64. Nos résultats seront ensuite comparés à
ceux obtenus par A. Nomao à Kollo (population 2n=70-74). En terme appliqué, leur
interprétation permettra dajuster les paramètres nécessaires à une lutte
adéquate pour les régions du Niger oriental.
Ces
différents volets de recherche ont été entamés par G. Dobigny lors de son CSN (IRD
Niamey, 1999-2000), complétés par des données concernant le Mali, la Mauritanie et le
Sénégal (thèse de Massamba Thiam, IRD Dakar) puis sont aujourdhui repris et
complétés par la thèse en cours de Karmadine
Hima (IRD, Agrhymet et CBGP Montpellier). KH est co-encadré par Messieurs Ali Doumma
(UAM) et Laurent Granjon (IRD Dakar), sous la co-supervision de Messieurs Etienne SARR
(AGRHYMET) et Gauthier Dobigny (IRD Niamey et CBGP Montpellier, en accueil à
lAGRHYMET).
Invasion
du rat noir en Afrique de lOuest soudano-sahélienne : conséquences
épidémiologiques et veille sanitaire des pathogènes humains véhiculés par les
rongeurs
Les
rongeurs sont dimportants réservoirs de virus, bactéries, protozoaires et
helminthes. A ce titre, ils sont impliqués dans la
circulation de nombreux pathogènes humains responsables de maladies aux conséquences
parfois dramatiques (peste, fièvres hémorragiques à arénavirus et à hantavirus,
leptospirose, trypanosomiase, typhus, etc). De plus, le déséquilibre dune
communauté dhôtes et de parasites, par exemple via lapparition -ou au
contraire- la disparition dun hôte et/ou de parasites, peut être à lorigine
de modifications majeures. En termes épidémiologiques, cela peut par exemple signifier
la mise en place de conditions favorables à lémergence ou la réémergence de
pathologies.
En
Afrique, notamment en Afrique de lOuest, les données concernant les agents
pathogènes circulant sur rongeurs et transmissibles à lhomme sont très
lacunaires, voire totalement absentes. Pourtant, certaines maladies humaines associées
aux rongeurs frappent très probablement les pays soudano-sahéliens mais restent, au
mieux mal détectées, et plus probablement insoupçonnées, notamment lorsque leurs
symptômes sont proches de ceux du paludisme. Cest dans ce contexte que nous avons
choisi un double axe de recherche, celui des conséquences
de linvasion de lAfrique de lOuest par le rat noir Rattus rattus, dorigine eurasiatique,
sur lécologie des communautés de rongeurs
natifs et de leur faune parasitaire (virus, bactéries, protozoaires et helminthes).
En particulier, il sagit là de mettre en évidence les éventuels échanges de
pathogènes entre rongeurs natifs et rongeurs invasifs à léchelle de villages,
villes et régions, et den apprécier les possibles conséquences épidémiologiques
(import de pathogènes exotiques, saut despèce hôte, relais épidémiologique,
extinction dhôte, extension daires dendémie, etc). Enfin, un des
objectifs clairement affichés de ce programme consiste en létablissement de la première liste
rigoureusement documentée dun point de vue taxonomique des pathogènes humains et
de leurs hôtes rongeurs associés circulant en zone sahélienne. Un travail de thèse, mené par Madougou Garba (mis en
disponibilité de stage par la DPV Niger ; directrice de thèse : Mme Ramatou
Sidikou, UAM ; superviseur scientifique : Gauthier Dobigny, IRD en accueil à
lAGRHYMET), se focalise sur le cas précis des communautés de rongeurs domestiques
et péri-domestiques de la ville de Niamey où linvasion du rat noir semble en cours
et très active.
Pour
ce faire, nous collaborons activement avec des équipes de virologues (UMR EPV, Marseille,
France) et de parasitologues (UMR GEMI, Montpellier, France ; Univ. Médecine, Dijon,
France ; INSSA, Bobo-Dioulasso, Burkina-Faso ; UCAD, Dakar, Sénégal) dont les
expertises respectives constitueront un atout majeur. |